Task Force Open Innovation :
« Innover pour de vrai »

Pour sa deuxième Task Force consécutive consacrée à l’open innovation en partenariat avec l’EBG, Gfi avait fait le pari d’inciter les participants à passer à l’action en initiant de véritables projets. Retour sur l’expérience à l’occasion d’une table-ronde.

« Etait-il pertinent de recommencer une Task Force consacrée à l’innovation entre grandes entreprises un an à peine après la première ? », s’est interrogé Jean-François Gaudy en guise d’introduction à la table-ronde organisée le 26 mars 2019 à l’occasion de la remise du livret « L’open innovation à l’épreuve du terrain » réalisé en partenariat avec l’EBG. Certes, l’organisation de cette matinée de synthèse répond par défaut à la question. Mais, contrairement à l’exercice précédent, cette deuxième saison s’est distinguée par un nouveau modèle : le passage à l’acte. « Nous avons lancé cette Task Force avec l’idée d’innover pour de vrai, de lancer des projets d’open innovation entre nous, afin de voir ce qui a fonctionné ou pas », a expliqué le directeur de l’Innovation de Gfi initiateur de la Task Force.

Après le Think Tank, place au Do Tank, donc. Une vingtaine de professionnels se sont ainsi réunis en petits groupes autour d’enjeux d’entreprises ou de centres d’intérêts personnels avant de faire émerger les thématiques de travail. C’est ainsi que des responsables extérieurs au secteur médical se sont retrouvés à monter un groupe Santé connectée. Groupe particulièrement représenté avec pas moins de deux invités présents sur les quatre participants à la table-ronde. « Le sujet nous tenait à cœur », explique Sandra Di Giovanni, responsable Innovation au sein de Afnor Certification. « Participer à la Task Force était une opportunité pour expérimenter et pouvoir prouver [à ma direction] que l’open innovation apporte des sujets auxquels on n’aurait jamais pensé seul. C’est cette richesse et cette pluralité qui fait qu’on va sur des sujets nouveaux avec des approches nouvelles pour toucher plein de partenaires différents. »

Être ambitieux, voir grand

Constitué de David de Amorim, directeur Innovation chez le spécialiste de la dématérialisation Docapost, Jérémy Giacomini, directeur Marketing et Innovation chez l’agent immobilier Sergic, et Sophie Pilverdier, Innovation Experience Manager de Gfi, le groupe s’est lancé dans la réalisation d’une plateforme d’accompagnement de proximité entre patients et membres du corps médical pour lutter, notamment, contre les déserts médicaux. Malgré les enjeux différents de chacun des acteurs impliqués dans le projet Santé, « les briques se sont emboîtées spontanément, il y a eu de bonnes complémentarités », souligne Sandra Di Giovanni, qui ne cache pas que l’ambition affichée derrière le projet contribue aussi à son succès. « On a décidé de répondre à une problématique nationale. On n’y arrivera peut-être pas mais, puisqu’on n’a pas grand-chose à perdre, autant essayer de voir grand plutôt que de partir sur quelque chose de tout petit. » Une vision que complète Pascal N’Diaye. « Il n’y a pas de schéma établi pour l’innovation », commente le directeur Innovation de GRDF, « commencez grand s’il y a un vrai retour sur investissement derrière. Sur certains sujets, vous pouvez commencer petit et voir grand. »

« Outre les compétences communes, l’un des facteurs importants est les réseaux que vous rassemblez ensemble », a complété Benjamin Glaesener, directeur de l’EBG et animateur du groupe Santé lors de la Task Force. « Chacun d’entre vous avez accès, dans votre écosystème, à des personnes qui peuvent être un véritable levier, c’est un élément essentiel dans la réussite d’un projet. »

L’indispensable sponsor

Le soutien, est justement ce qui a manqué à Pascal N’Diaye. Impliqué dans le groupe Transfert de connaissances avec deux autres responsables de Generali et de la Mutuelle Harmonie, le directeur Innovation de GRDF a vu le projet abandonné malgré l’enjeu fort derrière ce sujet de RSE. « Nous étions éclaireurs et non porteurs de projet avec un sponsor derrière nous. Or, sans sponsor, c’est impossible chez GRDF », explique-t-il. « L’idée était donc de commencer à travailler ensemble pour écrire une lettre d’intention à nos directions afin de les inciter à investir financièrement et en temps dans le projet. » Malgré l’intérêt que le directeur RSE de GRDF a porté au sujet, le projet n’a pas été jugé prioritaire, ce qui a provoqué son abandon. Pour Pascal N’Diaye, « il est plus facile de faire aboutir un projet d’open innovation avec la participation très en amont du sponsor ».

L’organisation et le cadre à mettre, ou pas, autour de l’open innovation constitue un autre des nombreux facteurs de succès. « Ma crainte est de mettre trop de cadre au risque de tuer les initiatives et les libertés pour inventer », estime Sandra Di Giovanni. Elle reconnaît néanmoins qu’un minimum d’éléments structurants est nécessaire à la bonne marche d’un projet en open innovation, notamment l’absence de concurrence interne dans le groupe ou le temps à accorder à la réflexion autour du problème avant de vouloir proposer une solution. Et « il faut des passages pour structurer la démarche », ajoute la responsable tout en insistant sur la nécessité de « mesurer pour avancer ».

Des lab pour provoquer l’innovation

Pour Jean-François Gaudy, il faut parfois provoquer l’innovation. « Il ne suffit pas de parler d’innovation, il faut passer à l’acte. » En ce sens, les Fablab de Gfi constituent des environnements propices « pour regrouper des gens qui créent ensemble des produits et des services innovants ». Une vision partagée par Pascal N’Diaye qui voit dans l’innovation « une transformation culturelle au service de la performance et des ambitions de l’entreprise ». Une transformation qui peut néanmoins « créer un choc ». Car, si les fablab – ou gazlab chez GRDF – sont des terreaux à innovation, « vous êtes très vite rattrapés par la nécessité d’en prouver la valeur… qui n’arrivera que dans quelques années, quelques mois au mieux », témoigne le responsable. En réponse, « on a initié certains collaborateurs au calcul de ROI simplifié pour très vite montrer les bénéfices à tirer d’une démarche d’innovation ».

L’innovation constitue-t-elle un facteur d’attraction ou de rétention des talents, s’interroge Benjamin Glaesener. Chez GRDF, la mise en place des gazlab il y a 4 ans a permis de déceler des « innovacteurs ». Autrement dit, des collaborateurs dotés d’un esprit innovant qu’ils n’avaient pas l’occasion de développer au sein de l’entreprise faute d’un environnement jugé propice. « Ces talents internes, nommés Fablab Managers, bénéficient aujourd’hui de missions complémentaires pour accompagner les collaborateurs qui ont des projets », témoigne Pascal N’Diaye. Un moyen efficace de valoriser les salariés de l’entreprise.

Un exercice réplicable

Quel bilan tirer de cette première expérience ? Benjamin Glaesener, qui souhaite accompagner les groupes jusqu’à la livraison du projet, pense que, pour l’EBG, l’exercice « est réplicable, du moins sur la fonction innovation, probablement moins sur les autres fonctions de l’entreprise ». Sandra Di Giovanni confirme considérer l’open innovation comme « un moyen de pouvoir faire ce que je n’ai pas forcément les moyens de faire en interne pour réinventer notre métier ». En regard de l’échec vécu dans le cadre de cette Task Force, Pascal N’Diaye conseille pour sa part de « se mettre rapidement d’accord sur les fondamentaux dès le départ du projet afin de vérifier que nos attentes sont communes en vue d’industrialiser ensemble ». Un conseil de bon sens que Jean-François Gaudy recommande de matérialiser dans une lettre d’intention.

 

 

Télécharger le livre blanc « L’open innovation à l’épreuve du terrain »

 

 

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