L’industrie 4.0, ce n’est pas uniquement une usine rutilante pilotée par une armée de robots, où de rares collaborateurs circulent un casque sur la tête, le tout sillonné de véhicules autonomes et surmonté de drones.

Le sujet fédère tellement d’opportunités et d’innovations technologiques, qu’il peut sembler trop complexe et/ou réservé aux entreprises du CAC 40, celles qui ont « du temps pour ça ». La réalité est tout autre : l’industrie 4.0 représente pour les PME et ETI une double voie d’amélioration de leurs processus et de développement de nouveaux services.

Cinq conseils pour y voir plus clair, par Yann Bègue, directeur de la Branche Consulting, et Pascal Faucheux, directeur du secteur Industrie, Aerospace & Transport, chez Gfi Informatique.

1. Distinguez « Usine 4.0 » et « Service 4.0 »

« L’Usine 4.0 désigne l’optimisation des processus industriels en place et la recherche de compétitivité. Le volet Service 4.0 concerne le développement de nouveaux services par les industriels, afin de générer de nouvelles sources de revenu »

Un exemple : SEB

Le groupe français, leader mondial de l’électro-ménager, ne vend plus le produit « nu », mais intègre désormais la réparabilité et même le recyclage. Il a pris ce virage dès 2008, ne le rendant visible aux consommateurs qu’en 2016. Un choix stratégique qui a demandé de revoir toute la chaîne de production et d’intégrer les nouvelles technologies d’impression 3D, permettant d’ajuster la politique de stockage des pièces détachées.

2. Votre meilleur atout : disposer d’une feuille de route

« Les PME et ETI sont au cœur de notre tissu industriel et elles ne savent pas toujours comment traiter le sujet Industrie 4.0. Elles ont du mal à faire le lien entre les nouvelles technologies en perpétuelle évolution, et leurs propres métiers et marchés. Le retour sur investissement paraît difficile à chiffrer, d’autant qu’une PME ou ETI ne doit pas se tromper, elle se doit de focaliser ses moyens sur des priorités. D’où l’importance de bâtir une feuille de route solide dès le départ. Cette entreprise a-t-elle besoin de maintenance prédictive ? D’un meilleur rendement de ses chaînes de montage ? D’une sécurisation de ses sites et du travail de ses opérateurs ? D’une meilleure traçabilité de ses produits ? D’une baisse de la quantité de déchets produits et d’une meilleure efficacité énergétique ? Le besoin métier doit être identifié au plus tôt afin de déterminer les solutions technologiques adaptées à chaque contexte. Et cela vaut aussi pour les grands groupes industriels : ce n’est pas parce qu’on a davantage de moyens, qu’il faut se disperser en lançant de trop nombreuses expérimentations.

Il y a encore deux ans, les industriels se posaient beaucoup de questions. Aujourd’hui, de nombreux chantiers sont lancés et la dynamique est lancée. Notre pays a pu rater en partie le virage de l’automatisation, mais pourrait regagner des points grâce à l’Industrie 4.0. La mise en œuvre de projets Industrie 4.0, notamment pour les marchés de la sous-traitance automobile et aéronautique, en très forte expansion, doit permettre d’améliorer la productivité tout en autorisant une très grande souplesse et réactivité. Tout cela sera possible si les entreprises disposent d’une feuille de route détaillée leur permettant de bien visualiser les différents paliers et ainsi maîtriser la trajectoire de transformation. »

Trois exemples : Figeac Aero, ArianeGroup et Total

  • Côté PME, Figeac Aero, dans le Lot, vient de signer début octobre un contrat de 70 millions de dollars avec le brésilien Embraer. Et ce n’est pas la première bonne nouvelle de l’année.
  • Côté grands groupes, ArianeGroup a longuement planché sur sa feuille de route, pour répondre pertinemment au nouveau contexte concurrentiel créé par l’apparition de la société SpaceX.
  • Total, représenté par son Chief Digital Officer, Gilles Cochevelou, a annoncé fin septembre lors du 01 Business Forum que le groupe avait économisé 20 millions d’euros grâce à la maintenance prédictive.

3. Commencez par le Comité de Direction

« Préparer le management à la transformation digitale, ce n’est pas seulement les emmener faire un voyage d’étude dans la Silicon Valley. Il est aussi nécessaire de travailler sur des cas concrets, dans une logique de Test & Learn. Il est du ressort du Comité de Direction d’anticiper les investissements nécessaires, de construire un budget au-delà des expérimentations technologiques. Attention aux buzzwords et autres « vendeurs de rêve » : l’un des principaux écueils reste l’inadéquation entre les solutions choisies et les besoins devant être traités. La technologie n’est qu’un outil, l’industrie 4.0 c’est aussi un travail sur la redéfinition des processus et des modes de fonctionnement. Intégrer ces nouvelles technologies c’est aussi changer sa façon de travailler avec ses Partenaires, Fournisseurs et Clients. C’est aussi mettre son personnel au centre de la dynamique en les mobilisant au plus vite afin qu’ils deviennent les acteurs de la Transformation »

Un exemple : Total

Total conduit entre 2014 et 2018 un programme de formation interne simple et efficace, à coûts quasi nuls : le groupe a invité l'équipe dirigeante (300 personnes) à exprimer ses lacunes sur le numérique et confié à autant de mentors internes le soin de les combler. Il s'agit de collaborateurs souvent beaucoup plus jeunes.

Total n’est pas seul à croire au Reverse Mentoring : General Electric, SNCF, Danone ou IBM le pratiquent également, pour ne citer qu’eux.

4. Intégrez les RH

« Les PME et PMI mettent souvent les opérateurs au cœur de leurs enjeux, et elles ont bien raison. Elles connaissent la valeur de ces collaborateurs qualifiés et ce que représente la compétence de ces personnels. L’industrie 4.0 doit permettre de mieux capitaliser sur ces compétences et intégrer aussi de jeunes collaborateurs. L’Industrie n’était plus attractive pour les jeunes générations, mais l’introduction de ces technologies 4.0 devrait pouvoir changer la donne et rendre le secteur plus intéressant. Ce renouvellement de l’image du secteur est indispensable afin d’améliorer l’attractivité du secteur et sa pérennité. »

Deux exemples : Bosch et Total

  • Le site Bosch de Mondeville (Calvados) est un modèle du genre. Sa station de montage intelligente permet notamment aux intérimaires de se former à la fois très vite, et en autonomie complète.
  • Gilles Cochevelou, CDO de Total, a annoncé lors du 01 Business Forum, fin septembre 2017, que le groupe investissait lourdement dans la formation : « plus de 3% de la masse salariale ». Cela se matérialise notamment par un « Passeport digital », des MOOC et un challenge interne baptisé « Data Science ».

5. Travaillez en écosystème

« Un grand groupe ne peut avancer seul bien longtemps. Si son maillage de sous-traitants ne suit pas, il va « caler ». Dans la même logique, une PME/ETI a beaucoup à perdre si elle se replie sur elle-même. Le temps de la protection, du dépôt des brevets et du culte du secret est révolu. L’avenir appartiendra aux entreprises qui sauront travailler en réseau et partager leurs innovations. Il faut apprendre à fédérer autour de soi et sortir d’une logique de protection, qui pousse à vouloir tout faire soi-même. Les PME/ETI n’ont ni le temps ni les moyens de tester toutes les innovations disponibles sur le marché. Ouvrez-vous : aux start-up, à vos partenaires, clients et fournisseurs mais aussi à vos confrères industriels. »

Trois exemples : French IoT, General Electric et SEB

  • Le programme French IoT piloté par Docapost (filiale numérique BtoB du groupe La Poste) permet aux entreprises, start-up, incubateurs et pôles de compétitivité de progresser ensemble autour de projets IoT innovants. Succès confirmé dès les premiers mois du projet.
  • Vincent Champain, directeur général de GE DIgital Foundry, a rappelé lors du 01 Business Forum (septembre 2017) qu’il avait lancé un challenge « Digital Industry » pour travailler avec les start-up « à l’opposé des pratiques de Digital Washing ».
  • Chez SEB, le premier multicuiseur intelligent du groupe, le Cookeo (2012), était capable de présenter les recettes à l’utilisateur et de l’aider à les réaliser. SEB travaille depuis sur la compréhension des recettes par les machines : le but est de faire dialoguer les appareils électro-ménagers directement avec les recettes en ligne. La démarche lui offre une place de choix au cœur de l’écosystème industriel de l’agroalimentaire (fabricants et distributeurs), ainsi que dans celui de la santé.

Par Yann Bègue, Directeur de la Branche Consulting, et Pascal Faucheux, Directeur du secteur Industrie, Aerospace & Transport, chez Gfi Informatique.

Gfi Informatique est partenaire du 01 Business Forum

Mots clésTransformation digitaleUsine4.0

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